Home ÉditorialUne mentalité glaçante, tourmentée et trompeuse

Une mentalité glaçante, tourmentée et trompeuse
FRAREN

by Yasser Akkaoui

Le gouvernement libanais ne préside plus un effondrement financier ; il tente d’entériner un état permanent de déclin. Le projet de « Gap Law », abréviation de « Financial Gap Resolution Law », illustre une véritable démonstration de dissimulation législative. En adoptant une rhétorique de « protection des petits déposants », la classe politique s’abrite discrètement de toute reddition de comptes, tout en dépouillant les citoyens de leur patrimoine et, par conséquent, de leur avenir.

Pendant des décennies, l’économie libanaise a drainé le capital privé pour financer un État incompétent qui privilégiait l’enrichissement de politiciens malhonnêtes plutôt que la construction d’une nation productive. Aujourd’hui, la réponse du gouvernement à ce champ de ruines consiste en un remède ad hoc qui trahit une mentalité rétrograde et défensive et qui, de fait, assure la survie des corrompus au détriment de toute stratégie.

Il faut donc regarder du côté de l’avant-garde régionale pour identifier des alternatives réalisables. En 2024, l’économie non pétrolière des Émirats arabes unis a généré environ 365 milliards de dollars. Pour une population d’environ 10 millions d’habitants, cela représente un PIB non pétrolier par habitant de 36 500 dollars. Appliquée à la population libanaise, proche de 5,8 millions, cette référence équivaudrait à une économie de 211 milliards de dollars.

Une telle transformation est à portée de main, à condition de mobiliser 100 milliards de dollars d’investissements au cours de la prochaine décennie. De plus, ces investissements pourraient produire des fruits bien plus considérables s’ils étaient adossés à une intégration économique arabe, au moment charnière que connaissent les pays de la région tournés vers le développement. Cependant, seul un État souverain digne de confiance, puisqu’il respecte les droits de propriété, peut attirer ce capital sur le plan interne et l’amplifier à l’échelle régionale, en s’appuyant sur la relance des entreprises publiques, la modernisation des infrastructures et le financement de la reconstruction.

Or, au lieu de cela, le pays est étranglé par un projet de loi dont l’ambition n’est rien d’autre que l’évaporation administrée des actifs du peuple. Cette stratégie constitue une violation flagrante de l’article 113 du Code de la monnaie et du crédit, lequel impose explicitement que l’État soit responsable des pertes de la banque centrale. En cherchant à faire disparaître par la loi le fardeau de milliards dilapidés depuis longtemps, le gouvernement orchestre un défaut souverain contre ses propres citoyens. Une classe politique qui n’a pas épargné la vie de plus de 100 000 citoyens durant les années de la guerre civile, sous le règne des milices, ne cillera pas davantage au moment de gaspiller leur argent. La responsabilité n’est pas un luxe, c’est une exigence morale.

La solution demeure, en somme, une question de volonté politique. En utilisant les réserves d’or du Liban comme bouclier stratégique et les actifs publics, qu’il s’agisse de services essentiels en faillite ou d’un immobilier de premier ordre, l’État pourrait, en tant que moteur de croissance, recapitaliser le secteur bancaire et commencer, enfin, à réparer le tort causé aux déposants.

À commencer par la « Gap Law », l’État doit trancher : sert-il le peuple et l’ordre juridique du pays ou n’est-il, finalement, que le service juridique des seigneurs de guerre qui ont brisé la nation ?

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